D’après le cabinet d’analystes Gartner, la dépense informatique mondiale atteint 4,260 Milliards de US $ en 2021. A l’aune du menu d’un menu de déjeuner à 12€, comment évaluer 4 Trillions de $ ? Tentons donc de comprendre:

  • Le poids de cette dépense dans l’économie mondiale,
  • Les grandes masses de la dépense informatique mondiale,

L’impact sur la productivité que ces dépenses présentent.

LA DEPENSE INFORMATIQUE MONDIALE

Le dépense informatique peut être structurée de multiples manières ; Ici, par exemple, 5 composants sont exhibés :

  • Les Système de Data Center Systems (Serveurs, stockage, réseaux)
  • Les logiciels d’Enterprise
  • Les « Devices » (PCs, Tablettes, téléphones fixes et mobiles)
  • Les Services IT (Consulting, prestations de services)
  • Les services de Communication (consommation de Voix et de données, fixe et mobile)

A noter, le poids des Services de télécommunication (1/3 du total), et le poids des Services IT (presqu’un autre tiers):

Donner du sens à ces chiffres n’est pas facile, car il est rare de manipuler de tels ordres de grandeur – Deux analyses peuvent néanmoins nous aider : Estimer le poids de la dépense informatique dans l’économie mondiale, et comprendre comment évolue cette dépense.

ANALYSE 1/2 : LES POSTES QUI CONTRIBUENT A LA CROISSANCE DE LA DEPENSE INFORMATIQUE

LES POSTES QUI CONTRIBUENT A LA CROISSANCE DE LA DEPENSE INFORMATIQUE

L’analyse des taux de croissance annuels composés des constituants de la dépense et du PIB mondial, mettent en évidence 4 points saillants:

  1. Les grands contributeurs à la croissance sont les secteurs du logiciel et des services. Ils ont tiré la croissance de la dépense informatique, depuis 2012 et aussi depuis 2016,
  2. La croissance du secteur du logiciel est durable, puisqu’elle se situe à au moins 9% l’an depuis 9 ans – Ce qui confirme, si c’était nécessaire, la fameuse thèse de  Marc Andreessen selon laquelle « Software is eating the world » :  (https://a16z.com/2011/08/20/why-software-is-eating-the-world/)
  3. Les Services de télécommunication, en revanche, qui comptent pourtant pour 1/3 du total de la dépense, ont connu la croissance la plus faible sur les 10 dernières années, quand elle n’a pas été négative, mettant ici bien en évidence la difficulté qu’éprouvent les opérateurs Télécom à opérer sur leurs marchés.
  4. Il n’y a ni bulle, ni sous-investissement décelable : Sur les 5 dernières années, il n’y a pas différence notable entre les évolutions de la dépense informatique et du GDP.

ANALYSE 2/2 : QUE PESE LA DEPENSE INFORMATIQUE DANS L’ECONOMIE ?

Comparaison au PIB mondial
Le PIB, Produit Intérieur Brut (GDP en Anglais, Gross Domestic Produc), mesure la production réalisée dans un pays sur une période de temps. Le GDP/PIB est la somme des valeurs ajoutées de tous les agents économiques qui résident au sein d’un pays (Entreprises, Etat, Associations), valeurs ajoutées auxquelles s’ajoutent TVA, droits et taxes sur les importations, et desquelles sont déduites les subventions à l’importation.  Le PIB reflète ainsi l’activité économique interne d’un pays, mesurant la valeur ajoutée par toutes les activités qui reflètent l’activité d’un pays. Le PIB, c’est le travail, les salaires, la production d’un pays sur une période donnée.

Comparer la dépense informatique mondiale au PIB mondial fournit donc une première estimation du poids de l’informatique dans l’activité d’une zone économique:

Quelques éléments d‘analyse importants à prendre en compte:

  • La chute du PIB Mondial entre 2014 et 2015 n’est pas due à une crise comme celle de 2008, mais à la hausse du dollar US au début de 2015 (+13%);Les PIBs des pays étant convertis en US$, une hausse du dollar fait baisser artificiellement la mesure en US $ du PIB des pays concernés.
    La hausse du ratio IT SPEND/PIB en 2015 est donc artificielle, de même que celle du ratio de 2016
  • La crise du covid fait monter artificiellement le même ratio en 2020 car l’économie se contracte alors que les budgets sont engagés, tandis que le rattrapage de 2021 fait chuter tout aussi artificiellement le ratio.

Au total, il est raisonnable de penser que le ratio WW IT SPEND / WW GDP diminue continument de 6% à 5% entre 2012 et 2021 : La dépense informatique mondiale comptait pour 6% du PIB mondial en 2012, et a doucement atterri à une valeur d’environ 5% en 2021.

Les investissements IT restent cependant très différents selon les régions du monde étudiées. En effet, le poids de la dépense IT dépend principalement de la nature de l’économie de la zone concernée: Selon qu’elle traite et transforme de l’information (Services Financiers et Assurances aux USA et en Angleterre par exemple) ou des biens de consommation (Industrie en Allemagne ou en Asie), les besoin en systèmes d’information ne sont pas les mêmes et le poids de l’IT dans le PIB ne le sera pas non plus.

USA, EUROPE, ROW (Rest Of the World)

Sans grande surprise, les USA contribuent fortement à la croissance de la dépense mondiale d’IT (Rien d’étonnant compte tenu de l’origine de l’innovation technologique dans le monde), suivis par l’Europe, puis le Reste du monde (pour bien faire il aurait fallu sortir le Chine de ce dernier groupe) :

La France se situe à l’exacte moyenne Européenne. Sans surprise non plus car en toute logique, le ratio IT SPEND / GDP de la France doit se situer entre celui de l’Angleterre (Economie de Finance et d’assurance) et celui de l’Allemagne (Economie industrielle).

DEPENSES INFORMATIQUES ET PRODUCTIVITE

Avec une dépense informatique qui compte et a durablement compté pour 8% du PIB aux USA et 5 à 6% du PIB en France, on devrait s’attendre à observer un impact notable sur la productivité de ces pays quelques années après l’introduction des premiers  ordinateurs dans le monde de l’entreprise. Le 1er Mainframe ayant été introduit en 1964 par IBM, la courbe de productivité des USA et de la France depuis 1970 devrait montrer cet impact.

Or, il n’en est rien :

Robert SOLOW, prix Nobel d’économie en 1987, a été le premier à mettre en évidence ce paradoxe (qui porte aujourd’hui son nom), en écrivant que « les ordinateurs se voient partout, sauf dans les statistiques économiques »https://www.researchgate.net/publication/259390728_Le_paradoxe_de_la_productivite
https://travail-emploi.gouv.fr/publications/Revue_Travail-et-Emploi/pdf/91_3340.pdf

N’est-il pas surprenant de dépenser 5% ou plus de son PIB dans des produits ou des solutions sensés simplifier et automatiser le travail, et en même temps d’observer qu’en 50 ans la productivité n’a pas augmenté plus de de 2% par an en moyenne?


Ce paradoxe a fait l’objet de nombreuses études et nombre d’hypothèses sont émises pour tenter de l’expliquer. Parmi les plus reconnues :

  1. L’idée selon laquelle la productivité est mal mesurée, et que les rapports des organismes qui la mesurent sont peu fiables,
  2. L’idée selon laquelle les gains de productivité de l’IT existent bel et bien, mais restent faibles comparés aux gains de productivité issus des révolutions industrielles précédentes, qui étaient plus remarquables que ceux de l’IT
  3. L’idée selon laquelle l’IT donne certes accès à plus d’information, plus de détails, plus de données, mais que la productivité dépend plus des facteurs de production que de l’information à proprement parler. Ainsi, l’informatisation a transformé dans les 30 dernières années les systèmes de gestion (Comptabilité, finance, reportings, CRM), mais l’accélération de processus de gestion (prise de commande, gestion des inventaires, reportings multi-dimensionnels quasiment instantanés) n’aurait pas rendu pour autant l’économie plus productive;

En revanche, les transformations liée à « l’industrie du futur » (Plateformes d’engineering et de PLM, IoT, robotisation), initiées depuis peu par apport aux ERPs, s’apprêtent à modifier les systèmes de production et les moyens de production de manière substantielle. Ces systèmes automatiseront ou même élimineront des actuelles chaînes de valeur les tâches à haute intensité manuelle, tout proposant des méthodes plus efficientes de créer de nouveaux produits, permettant d’innover mieux et plus par unité de budget; Ces transformations permettront à l’économie de l’expérience et la personnalisation de masse d’émerger (Economie de l’Expérience – Finck-Different), transformations porteuses à l’avenir des gains de productivité tant attendus.

Finck-Different investit dans les technologies de « l’économie de l’expérience » car nous pensons que les transformations induites porteront les changements les plus importants dans nos sociétés: Nous croyons en effet que la transformation digitale des usines et des systèmes de production sera porteuse d’impacts positifs pour l’économie et la planète, et que la productivité des entreprises qui auront adopté ces technologies sera grandement améliorée.

Dépense informatique, poids dans l’économie, et productivité